DE L’INFLUENCE DE L’ENTHOUSIASME, &c. 397
Il est assez amusant, on ne saurait le nier,d’apercevoir le ridicule et de le peindre avecgrâce et gaieté ; peut-être vaudrait-il mieuxse refuser à ce plaisir, mais ce n’est pourtantpas là le genre de moquerie dont les suitessont le plus à craindre ; celle qui s’attacheaux idées et aux sentiments est la plus funestede toutes, car elle s’insinue dans la sourcedes affections fortes et dévouées. L’hommea un grand empire sur l’homme, et, de tousles maux qu’il peut faire à son semblable,le plus grand peut-être est de placer le fan-tôme du ridicule entre les mouvements géné-reux et les actions qu’ils peuvent inspirer.
L’amour, le génie, le talent, la douleurmême, toutes ces choses saintes sont exposéesà l’ironie, et l’on ne saurait calculer jusqu’àquel point l’empire de cette ironie peut s’éten-dre. Il y a quelque chose de piquant dans laméchanceté : il y a quelque chose de foiblodans la bonté. L’admiration pour les grandeschoses peut être déjouée par la plaisanterie ;et celui qui ne met d’importance à rien al’air d’être au-dessus de tout : si donc l’en-thousiasme ne défend pas notre cœur et notreesprit, ils se laissent prendre de toutes parts