DE LA CONTEMPLATION DE LA NATURE. 38S
dence oblige à s’en séparer : la maison, lesmeubles, qui ont servi à ceux que nous avonsaimés, nous intéressent, et ces objets mômesexcitent en nous quelquefois une sorte desympathie indépendante des souvenirs qu’ilsretracent; on regrette la forme qu’on leur aconnue, comme si cette forme en faisoit desêtres qui nous ont vu vivre, et qui dévoientnous voir mourir. Si le temps n’avoit paspour antidote l’éternité, on s'attacherait àchaque moment pour le retenir, à chaque sonpour le fixer, à chaque regard pour en pro-longer l’éclat, et les jouissances n’existeroienfcque l’instant qu’il nous faut pour sentirqu’elles passent, et pour arroser de larmesleurs traces, que l’abîme des jours doit aussidévorer.
Une réflexion nouvelle m’a frappée dans lesécrits qui m’ont été communiqués par unhomme dont l’imagination est pensive et pro-fonde; il compare ensemble les ruines de lanature, celles de l’art et celles de l’humanité.“ Les premières, dit-il, sont philosophiques,les secondes poétiques, et les dernières mysté-rieuses.” Une chose bien digne de remar-que en effet, c’est l’action si différente desannées sur la nature, sur les ouvrages du