270
LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE.
cence, avec profondeur, sans être pénétré dereligion et d’immortalité.
Tous les sacrifices de l’intérêt personnelviennent du besoin de se mettre en harmonieavec ce sentiment de l’infini dont on éprouvetout le charme, quoiqu’on ne puisse l’exprimer.Si la puissance du devoir étoit renfermée dansle court espace de cette vie, comment doncauroit-elle plus d’empire que les passions surnotre ame ? Qui sacrifierait des bornes à desbornes ? Tout ce qui finit est si court, ditSaint Augustin, les instants de jouissanceque peuvent valoir les penchants terrestres,et les jours de paix qu’assure une conduitemorale, différeraient de bien peu, si des émo-tions sans limite et sans terme ne s'élevaientpas au fond du cœur de l’homme qui se dé-voue à la vertu.
Beaucoup de gens nieront ce sentiment del’infini, et certes ils sont sur un excellent ter-rain pour le nier, car il est impossible de leleur expliquer ; ce n’est pas quelques mots deplus qui réussiront à leur faire comprendre ceque l’univers ne leur a pas dit. La naturea revêtu l’infini des divers symboles qui peu-vent le faire arriver jusqu’à nous : la lumièreet les ténèbres, l’orage et le silence, le plaisir