Druckschrift 
3 (1813)
Entstehung
Seite
259
Einzelbild herunterladen
 

DE L’IGNORANCE, ETC.

259

non pas de ce qu’on a trop d’esprit, mais dece qu’on n’en a pas assez. Si l’on pouvoitparler sur les idées, on laisseroit en paix lespersonnes ; si l’on se croyoit assuré de l’em-porter sur les autres par ses talents naturels,on ne chercheroit pas à niveler le parterre surlequel on veut dominer. Il y a des médio-crités d’ame déguisées en esprit piquant etmalicieux, mais la vraie supériorité est ray-onnante de bons sentimens comme de hautespensées.

L’habitude des occupations intellectuellesinspire une bienveillance éclairée pour leshommes et pour les choses ; on ne tient plusà soi comme à un être privilégié : quand on ensait beaucoup sur la destinée humaine, onne s’irrite plus de eliaque circonstance commed’un chose sans exemple ; et la justice n’étantque l’habitude de considérer les rapports desêtres entre eux sous un point de vue général,l’étendue de l’esprit sert à nous détacher descalculs personnels. On a plané sur sa propreexistence comme sur celle des autres, quandon s’est livré à la contemplation de l’univers.

Un des grands inconvénients aussi de l’ig-norance dans les temps actuels, c’est qu’ellerend tout à fait incapable d’avoir une opinion

s 2