DES PHILOSOPHES ALLEMANDS.
115
lieu de l'apothéose de la nature, l’école deSchelling suppose cpie l’individu périt en nous,mais que les qualités intimes que nous possé-dons rentrent dans le grand tout de la créa-tion éternelle. Cette immortalité-là ressembleterriblement à la mort ; car la mort physiqueelle-même n’est autre chose que la nature uni-verselle qui se ressaisit des dons qu’elle avoitfaits à l’individu.
Schelling tire de son système des conclusionstrès nobles sur la nécessité de cultiver dansnotre ame les qualités immortelles, celles quisont en relation avec l’univers, et de mépriseren nous-mêmes tout ce qui ne tient qu’à noscirconstances. Mais les affections du cœur etla conscience elle-même ne sont-elles pas atta-chées aux rapports de cette vie ? Nous éprou-vons dans la plupart des situations deux mou-vements tout-à-fait distincts, celui qui nousunit à l’ordre général, et celui qui nous ra-mène à nos intérêts particuliers ; le sentimentdu devoir, et la personnalité. Le plus noblede ces deux mouvements c’est i’universel.Mais c’est précisément parceque nous avons*un instinct, conservateur de l’existence, qu’ilest beau de le sacrifier ; c’est parceque noussommes des êtres concentrés en nous-mêmes
î 2