DE LA POÉSIE ALLEMANDE.
325
les coups redoublés et les pas rapides desouvriers qui dirigent la lave brûlante de l’ai-rain. Peut-on avoir l’idée d’un poëme de cegenre par une traduction en prose ? c’est, lirela musique au lieu de l’entendre ; encore est-il plus aisé de se figurer, par l’imagination,l’effet des instruments qu’on connoît, que lesaccords et les contrastes d’un rhythme etd’une langue qu’on ignore. Tantôt la bri-èveté régulière du mètre fait sentir l’activitédes forgerons, l’énergie bornée, mais conti-nue, qui s’exerce dans les occupations ma-térielles ; et tantôt, à côté de ce bruit dur etfort, l’on entend les chants aériens de l’en-thousiasme et de la mélancolie.
L’originalité de ce poëme est perdue quandon le sépare de l’impression que produisentune mesure de vers habilement choisie et desrimes qui se répondent comme des échos in-telligents que la pensée modifie; et cepen-dant ces effets pittoresques des sons seroienttrès hasardés en français. L’ignoble nousmenace sans cesse ; nous n’avons pas, com-me presque tous les autres peuples, deuxlangues, celle de la prose et cehe des vers;et il en est des mots comme des personnes,