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DE LA POÉSIE. 279
gaires, rend le génie plus audacieux, et lemélange des beautés de la nature et des ter-reurs de la destruction excite je ne sais queldélire de bonheur et d’effroi, sans lequel l’onne peut ni comprendre ni décrire le spec-tacle de ce monde. La poésie lyrique neraconte rien, ne s’astreint en rien à la suc-cession des temps, ni aux limites des lieux ;elle plane sur les pays et sur les siècles; elledonne de la durée à ce moment sublime pen-dant lequel l’homme s’élève au-dessus despeines et des plaisirs de la vie. U se sentau milieu des merveilles du monde commeun être à la fois créateur et créé, qui doitmourir et qui ne peut cesser d’être, et dontle cœur tremblant et fort en même tempss’enorgueillit en lui-même et se prosternedevant Dieu.
Les Allemands réunissant tout à la fois,ce qui est très rare, l’imagination et le re-cueillement contemplatif, sont plus capablesque la plupart des autres nations de la poé-sie lyrique. Les modernes ne peuvent sepasser d’une certaine profondeur d’idées dontune religion spiritualiste leur a donné l’ha-bitude; et si cependant cette profondeurn’étoit point revêtue d’images, ce ne seroitpas de la poésie: il faut donc que la nature