LA SAXE.
133
Saxe ne fût pas libre de droit, c’est-à-dire représentatif, il l’étoit de fait par leshabitudes du pays, et la modération desprinces.
La bonne foi des habitants étoit telle,qu’à Leipsick un propriétaire ayant mis surun pommier qu’il avoit planté au bord de lapromenade publique, un écriteau pour de-mander qu’on ne lui en prît pas les fruits,on ne lui en vola pas un seul pendant dixans. J’ai vu ce pommier avec un sentimentde respect; il eût été l’arbre des Ilespérides,qu’on n’eût pas plus touché à son or qu’àses fleurs.
La Saxe étoit d’une tranquillité profonde ;on y faisoit quelquefois du bruit pour quel-ques idées, mais sans songer à leur applica-tion. On eût dit que penser et agir ne dé-voient avoir aucun rapport ensemble, et quela vérité ressembloit, chez les Allemands,à la statue de Mercure nommé Hermès,qui n’a ni mains pour saisir ni pieds pour,avancer. Il n’est rien pourtant de si re-spectable que ces conquêtes paisibles de laréflexion, qui occupoient sans cesse deshommes isolés, sans fortune, sans pouvoir, et