DE L’IMITATION DE L’ESPRIT FRANÇAIS. 89
met pas une opinion ni une phrase qui nesoit orthodoxe, et le plus souvent c’est unevieille orthodoxie qu’ii prend pour l’opiniondu jour. L’on en est encore dans plusieurspays du nord aux anecdotes de la cour deLouis XIV. Les étrangers, imitateurs desFrançais, racontent les querelles de made-moiselle deFontanges etdemadame de Mon-tespan avec un détail qui seroit fatigantquand il s’agiroit d’un évènement de la veille.Cette érudition de boudoir, cet attachementopiniâtre à quelques idées reçues, parccqu’onne saurait pas trop comment renouveler saprovision en ce genre, tout cela est fastidieuxet meme nuisible; car la véritable force d’unpays, c’est son caractère naturel ; et l’imita-tion des étrangers, sous quelque rapport quece soit, est un défaut de patriotisme.
Les Français hommes d’esprit, lorsqu’ilsvoyagent, n’aiment point à rencontrer, parmiles étrangers, l’esprit français, et recherchentsur-tout les hommes qui réunissent l’origi-nalité nationale à l’originalité individuelle.Les marchandes de modes, en France, en-voient aux colonies, dans l’Allemagne et dansle nord, ce qu’elles appellent vulgairementle fonds de boutique; et cependant elles re-