S18
LA LITTÉRATURE ET LES ARTS.
parjure. La mère perd la raison, et le pèreparcourt le monde comme un malheureuxerrant qui ne veut d’asile nulle part. Le fruitinfortuné de cet amour si funeste, sans appuidès sa naissance, est enlevé par des danseursde corde; ils l’exercent jusqu’à l’âge de dixans dans les misérables jeux dont ils tirentleur subsistance: les cruels traitements qu’onlui fait éprouver intéressent Wilhelm, et ilprend à son service cette jeune fille sousl’habit de garçon, qu’elle a porté depuisqu’elle est au monde.
Alors se développe dans cette créature ex-traordinaire un mélange singulier d’enfanceet de profondeur, de sérieux et d’imagina-tion; ardente comme les Italiennes, silen-cieuse et persévérante comme une personneréfléchie,la parole ne semble pas son langage.Le peu de mots qu’elle dit cependant estsolennel, et répond à des sentiments bienplus forts que son âge, et dont elle-mêmen’a pas le secret. Elle s’attache à Wilhelmavec amour et respect; elle le sert commeun domestique fidèle, elle l’ai me commeune femme passionnée ; sa vie ayant toujoursété malheureuse, on diroif qu’elle n’a point