TORQUATO TASSO.
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siasme, et par sa foi blesse à la prudence ; il aintroduit dans sa pièce un courtisan sage, se-lon le monde, qui traite Le Tasse avec lasupériorité que l’esprit d’affaires se croit surl’esprit poétique, et qui l’irrite par son calmeet par l’habileté qu’il emploie à le blessersans avoir précisément tort envers lui. Cethomme de sang froid conserve son avantageen provoquant son ennemi par des manièressèches et cérémonieuses, qui offensent sansqu’on puisse s’en plaindre. C’est le grandmal que fait une certaine science du monde;et dans ce sens, l’éloquence et l’art de parlerdiffèrent extrêmement ; car pour être élo-quent, il faut dégager le vrai de toutes sesentraves, et pénétrer jusqu’au fond de l’ameoù réside la conviction ; mais l’habileté dela parole consiste au contraire dans le talentd’esquiver, de parer adroitement avec quel-ques phrases ce qu’on ne veut pas entendre,et de se servir de ces mêmes armes pour toutindiquer, sans qu’on puisse jamais vousprouver que vous ayez rien dit.
Ce genre d’escrime fait beaucoup souffrirune ame vive et vraie. L’homme qui s’en sertsemble votre supérieur, parcequ’il sait vousagiter, tandis qu’il reste lui-même tranquille;mais il ne faut pas pourtant se laisser imposer