LES BRIGANDS ET DON CARLOS DE SCHILLER. 39
qu’ellè retrace l’éclat que les ténèbres dutemps leur a voient ravi.
L’on préfère en Allemagne les tragédieshistoriques, lorsque l’art s’y manifeste, commele Prophète du passé*. L’auteur qui veutcomposer un tel ouvrage doit se transporteren entier dans le siècle et dans les mœursdes personnages qu’il représente, et l’on au-rait raison de critiquer plus sévèrement unanachronisme dans les sentiments et dans lespensées que dans les dates.
C’est d’après ces principes que quelquespersonnes ont blâmé Schiller d’avoir inventéle caractère du marquis de Posa, noble Espa-gnol, partisan de la liberté, de la tolérance,passionné pour toutes les idées nouvelles quicommençoient alors à fermenter en Europe.Je crois qu’on peut reprocher à Schillerd’avoir fait énoncer ses propres opinions parle marquis de Posa; mais ce n’est pas, commeon l’a prétendu,l’esprit philosophique du dix-huitième siècle qu’il lui a donné. Le marquisde Posa, tel que l’a peint Schiller, est un en-thousiaste allemand ; et ce caractère est siétranger à notre temps, qu’on peut aussi-bien
* Expression de Frédéric Schlegel, sur la pénétration d’ungrand historien.