DE L’ART DRAMATIQUE.
Il
sont des héros grecs morts il y a trois milleans, il est bien certain que ce qu’on appellel’illusion, ce n’est pas s’imaginer que ce qu’onvoit existe véritablement; une tragédie nepeut nous paroître vraie que par l’émotionqu’elle nous cause. Or, si, parla nature descirconstances représentées, le changement delieu et la prolongation supposée du tempsajoutent à cette émotion, l’illusion en devientplus vive.
On se plaint de ce que les plus belles tragé-dies de Voltaire, Zaïre et Tancrède, sont fon-dées sur des mésentendus ; mais commentne pas avoir recours aux moyens de l’intrigue,quand les développements sont censés avoirlieu dans un espace aussi court ! L’art dra-matique est alors un tour de force, et pourfaire passer les plus grands évènements à tra-vers tant de gênes, il faut une dextérité sem-blable à celle des charlatans qui escamotentaux regards des spectateurs les objets qu’ilsleur présentent.
Les sujets historiques se prêtent encoremoins que les sujets d’invention aux condi-tions imposées à nos écrivains; l’étiquettetragique qui est de rigueur sur notre théâtres’oppose souvent aux beautés nouvelles dont