( 66 )
lement les passages qui nous paraissent les plus reinar-*quables.
L’objet que se propose M. de Pommereul, dans lesinstructions qu’il donne aux imprimeurs, c’est d’em-pêcher qu’aucune espèce d’ouvrage n’échappe à l’opé-ration de la censure, et qu’il ne paraisse dans le mondeaucun écrit incirconcis. On ne saurait croire jusqu’oùil porte pour cela la prévoyance. Manuscrits , réim-pressions, livres d’église et de prière, ouvrages pério-diques, catalogues, agenda, notes, registres, adresses,cartes de visite, etc. etc. etc. , rien n’écliappe à sonattention ; il est pour la censure une véritable provi-dence ; il détermine, avec la précision la plus rigou-reuse, tous les devoirs des imprimeurs avant , pendantou après l’impression de toutes sortes d’ouvrages, depuisla simple carte de visite jusqu’au manuscrit le plusimportant; en un mot, il prend ses mesures pourpouvoir toujours dire quel est l’emploi actuel de toutesles presses.
Voici la première instruction qu’il donne aux impri-meurs, sur les manuscrits : a Aussitôt qu’un imprimeur» reçoit des mains d’un auteur le manuscrit de son35 ouvrage , il doit en prendre lecture, pour se con-55 vaincre qu'il ne renferme rien qui puisse porter55 atteinte aux devoirs des sujets envers le souverain.55 Cet examen préliminaire est une espèce de censure55 que l’imprimeur exerce , et à laquelle il doit se livrer» avec le sentiment intime delà noblesse de son état55 et de l’importance de ses fonctions. Il doit donc, sansa hésiter, et tout calcul d’intérêt mis à part, refuser35 son ministère pour la promulgation d’un livre qu’il a55 jugé pernicieux. 55 En lisant ces paroles remarqua-bles d’un grand inquisiteur de la censure, on aime àse représenter un imprimeur, mutilant, dans l’intérêtdu souverain et sous les yeux des auteurs, les œuvresimmortelles d’un Buffon , d’un Pœusseau , d’un Mon-tesquieu , ou de tel autre de nos grands écrivains ; etl’on ne peut s’empêcher de convenir que cet imprimeurn’exerce effectivement des fonctions très-hautes, et sur-tout éminemment utiles et raisonnables.
M. de Pommereul entre ensuite dans le détail desautres devoirs des imprimeurs, tant à l’égard des ma-nuscrits que des autres ouvrages d’impression; et, aprèsavoir bien pris ses précautions pour que rien ne puisseéviter le fatal ciseau , il termine par ces considérationsgénérales, écrites avec un air particulier de franchise