Druckschrift 
1 (1815)
Entstehung
Seite
54
Einzelbild herunterladen
 

( 54 )

de leur langue. Je porte ma pétition chez limprimeur,qui me déclare quil ne limprimera que lorsque lepréfetlui en aura accordé lautorisation. Je vais donc chez lepréfet : je donne ma pétition à un commis; il y jette lesyeux avec un air de dédain , et mannonce dun ton so-lennel quil ne peut pas maccorder lautorisation que jelui demande, attendu que jai fait un libelle diffama -loire , et que leurs Excellences les ministres ne veulentpas quon publie des libelles diffamatoires.

Frappé de terreur en entendant ces grands mots , jeme crois un homme perdu : je vais consulter mon avocatsur le parti que je dois prendre ; heureusement il me ras-sure; il me promet même de faire imprimer ma pétition;mais il me déclare que pour en avoir le moyen, je doisfaire un procès à lun de mes voisins, et la faire insérerdans mon mémoire; que cest le seul moyen que laloi me donne. Je réponds que cette loi na pas le senscommun , et quil est ridicule de vouloir que je fasse unprocès à mon voisin , pour présenter une pétition à nosgénéreux représentans.

En sortant de chez mon avocat, un descendant dela tribu de Lévi maperçoit, et voyant que jai lairaffligé , il vient me demander la cause de mes chagrins.Je lui en fais part; et il massure quil a un moyen surde me tirer dembarras. Venez chez moi, me dit-il, jevais traduire votre pétition en hébreu , puis vous pour-rez la faire imprimer librement, et ladresser aux hono-rables membres de la chambre des députés, cest le seulmoyen que la loi vous présente pour faire entendre vosréclamations.

Je réponds quil est absurde de vouloir que pour mefaire entendre, je parle une langue que je nentendspas à des hommes qui ne lentendent pas mieux que moi ;et que si la loi le veut ainsi, il faut croire que ceux quilont faite ont voulu se moquer de nous. Je ne sais cequils ont voulu , me dit le bon israélite ; mais cest leseul parti sage que vous ayez à prendre : vous pouvez ,au reste, aller consulter votre curé, il pourra vous tirerdembarras.

Je vais consulter mon curé , je lui expose ma situa-tion , et il mexhorte à prendre patience. Jai plusieursmoyens, me dit-jl, de faire imprimer votre pétition ;