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de leur langue. Je porte ma pétition chez l’imprimeur,qui me déclare qu’il ne l’imprimera que lorsque lepréfetlui en aura accordé l’autorisation. Je vais donc chez lepréfet : je donne ma pétition à un commis; il y jette lesyeux avec un air de dédain , et m’annonce d’un ton so-lennel qu’il ne peut pas m’accorder l’autorisation que jelui demande, attendu que j’ai fait un libelle diffama -loire , et que leurs Excellences les ministres ne veulentpas qu’on publie des libelles diffamatoires.
Frappé de terreur en entendant ces grands mots , jeme crois un homme perdu : je vais consulter mon avocatsur le parti que je dois prendre ; heureusement il me ras-sure; il me promet même de faire imprimer ma pétition;mais il me déclare que pour en avoir le moyen, je doisfaire un procès à l’un de mes voisins, et la faire insérerdans mon mémoire; que c’est là le seul moyen que laloi me donne. Je réponds que cette loi n’a pas le senscommun , et qu’il est ridicule de vouloir que je fasse unprocès à mon voisin , pour présenter une pétition à nosgénéreux représentans.
En sortant de chez mon avocat, un descendant dela tribu de Lévi m’aperçoit, et voyant que j’ai l’airaffligé , il vient me demander la cause de mes chagrins.Je lui en fais part; et il m’assure qu’il a un moyen surde me tirer d’embarras. Venez chez moi, me dit-il, jevais traduire votre pétition en hébreu , puis vous pour-rez la faire imprimer librement, et l’adresser aux hono-rables membres de la chambre des députés, c’est le seulmoyen que la loi vous présente pour faire entendre vosréclamations.
Je réponds qu’il est absurde de vouloir que pour mefaire entendre, je parle une langue que je n’entendspas à des hommes qui ne l’entendent pas mieux que moi ;et que si la loi le veut ainsi, il faut croire que ceux quil’ont faite ont voulu se moquer de nous. Je ne sais cequ’ils ont voulu , me dit le bon israélite ; mais c’est leseul parti sage que vous ayez à prendre : vous pouvez ,au reste, aller consulter votre curé, il pourra vous tirerd’embarras.
Je vais consulter mon curé , je lui expose ma situa-tion , et il m’exhorte à prendre patience. J’ai plusieursmoyens, me dit-jl, de faire imprimer votre pétition ;