je m’attacherai seulement ici au point principal,l’honneur, qui est , à proprement parler , le levieravec lequel on remue les nations, etsur-tont la nationfrançaise. Nous devons peut-être la plus grandepartie de nos maux à une simple équivoque, à unabus de mots , au défaut de la distinction qui existeentre l'honneur et les honneurs : cependant qu’y a-t-ilde commun entre ces deux choses ?
L’honneur est le principe de tout ce qui se faitde grand dans le monde ; les honneurs, un simplesigne de la faveur, et plus souvent la marquede l’intrigue et d’une vile complaisance, que d’unmérite réel. L’honneur excite une généreuse émula-tion , les honneurs une basse jalousie : ceux-ci ren-dent indifférent sur les intérêts de la masse de la na-tion, dont ils distinguent et isolent celui qui en estrevêtu ; l'honneur de chaque citoyen, au contraire,n’est qu’une émanation , une partie de l’honneurnational.
Tout ce qu’on peut dire de plus favorable à cequ’on nomment les honneurs , c’est qu’ils ne sont pasprécisément incompatibles avec le véritable hon-neur. Mais un homme taré, flétri, déshonoré dansl’opinion , peut réunir sur sa personne tous lestitres, toutes les dignités, tontes les décorations, tousles honneurs 5 tandis qu’un homme modeste , pleinde probité , de vertus , de talens , du véritable hon-neur enfin , peut n’avoir aucune de ces distinctions.L’honneur est inhérent à celui qui a su l’acquérir ;on se dépouille des autres en ôtant son habit.