(5o 9 )
C’est donc entre la liberté absolue et le pouvoirabsolu qu’existe le maximum cherché de la prospériténationale ; c’est-à-dire , qu’il faut nécessairementpour l’obtenir que, d’une ipart, la liberté soit ren-fermée dans certaines bornes , et que, de l’autre, lepouvoir soit limité ; or , c’est cette liberté ainsi res-treinte que je nomme liberté sociale , et ce pouvoirtempéré que je nomme pouvoir légitime.
Donc il faut que, parmi les citoyens , les uns re-noncent à leur chimère de liberté absolue, et les au-tres à leur prétention insoutenable de pouvoir illi-mité : il faut que de part et d’autre on fasse un gé-néreux abandon de ce qui peut nuire à cet état deprospérité , qui doit être le vœu de tous. C’était parces réflexions, sans doute , qu’il fallait commencerla révolution , et la révolution n’aurait pas eu lieu.
Pour fixer d’une manière précise le point où ilconvient de s’arrêter entre les deux extrêmes dontnous avons parlé , il faudrait connaître l’état desociabilité le plus parfait, ce dont personne ne peutse flatter; mais il suffit qu’on puisse juger à propos,pour constater l’existence de ce principe, qu'un pa-reil état de choses ne peut se concilier ni avec uneliberté indéfinie , ni avec un pouvoir absolu.
L’état social peut s’organiser de diverses manières,et réunir une infinité de modifications; car l’expé-rience prouve qu’il peut prospérer , soit dans unemonarchie convenablement mitigée , soit dans ungouvernement populaire convenablement balancé ;et mon objet n’est pas de me livrer à ces recherches