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à la censure , c’est-à-dire , anéantir la liberté . Mais
quels sont les livres qu’il excepte tle la sienne ? tousceux qu’on ne lit point ou presque point? quels sontceux qu’il y soumet ? tous ceux qu’on lit , tous lesécrits que le commun des hommes peut lire, et beau-coup plus que le commun des hommes ne veut et nepeut en lire. Il est donc vrai que , d’accord plus qu’ilne pense avec tous les publicistes , le ministre accuselui-même sa censure d’anéantir la liberté.
Il n’en conviendrait pas , que les pierres mêmes’élèveraient, s’il est permis de parler ainsi , et pro-clameraient que son projet est précisément l’escla-vage de la presse.
Comment la presse est-elle captive à Rome, en Es-pagne , en Autriche? parce qu’il y a censure préalableet arbitraire. Cette censure aura lieu eq France :on n’aurait donc montré aux Français la liberté quepour s’efforcer de la leur ravir , que pour leur fairepartager le sort des états gouvernés par le despotismeet l’inquisition.
Le roi nous a garanti par sa charte la liberté dela presse ; comment oser dire qu’eri octroyant à nosbesoins et à nos lumières ce bien précieux , dont ilnous a trouvés en possession , c’est précisément lacensure arbitraire qu’il nous a octroyée dans sa bontélibérale? Voilà pourtant ce que dit par deux fois lepréambule même de la loi proposée; voilà ce qu’onretrouve encore dans les premiers et dans les secondsmotifs. Qui du prince ou de la nation a le plus à seplaindre d’un tel langage et d’une telle entreprise ?