que la religion recouvre son influence •, mais on doitdesirer surtout qu’elle devienne l’appui des lois, etqu’elle tende à former des citoyens. Lorsque Rousseaua dit que la loi chrétienne était plus nuisible qu’utileà la solide constitution de l’état, il a méconnu sadestination la plus noble, et confondu la directionfausse et pernicieuse que lui avaient donné l’avariceet l’ambition de ses ministres, avec l’influence salu-taire qu’il eût été si facile de lui faire exercer. C’estla calomnier que de dire qu’elle ne prend aucun in-térêt aux affaires de cette vie, qu’elle ne s’occupeque des choses du ciel, et n’est propre qu’à faire desélus. Pour la rendre capable de produire d’excellenscitoyens, il suffit de ne pas dénaturer le sens de sespréceptes. « Quoi, dit Condillac, parce qu’elle a unefin plus grande que les autres, elle ne ferait pas» le bien que les autres ont fait ? Les superstitions» du paganisme auraient, à cet égard, l’avantage» sur elle ? Non sans doute : si elle tend à nous con-» duire à la vie éternelle, elle tend aussi à nous» rendre citoyens ; elle 11’exclut pas une de ses fins» pour obtenir l’autre : elle les veut toutes deux (1).»On peut dire même que ce n’est qu’en nous condui-sant à la seconde qu’elle peut nous rendre dignesde la première , et que nous n’acquerrons de vé-ritables droits aux récompenses d’une autre vie ,qu’en nous comportant en citoyens vertueux dans
(0 Hisf. mod. de Condillac, tome I er ., p. 433*