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et ne produira jamais rien de grand, si tous les espritsne sont pas dirigés vers le même objet, c’est-à-diresi les lois et la morale ne nous apprennent pas àsubordonner nos affections particulières à l’intérêtgénéral. Supposons , en effet, une société composéede cinq personnes : que la première veuille l’agri-culture; la seconde, le commerce ; la troisième , lesarts ; la quatrième, les sciences ; et la cinquième,l’ignorance ; et que chacune d’elles, ne voulant riensacrifier à l’intérêt commun, cherche, pour s’élever,à déprécier tout ce qui ne favorise pas l’objet de sapassion. !N’est-il pas évident que chacun des associésayant quatre voix contre la sienne, sera contraint dedemeurer dans l’inaction, ou n’emploiera sa forceindividuelle que pour nuire à ses coassociés. L’équi-libre , dira-t-on, finira par se rompre : à la bonneheure ; mais les choses en iront-elles mieux , lorsquel’un entraînera tous les autres ?
Cependant multipliez chacun des membres sansrien changer aux rapports , et vous aurez l’imagede la grande société : chacun cherche à élever unmétier au détriment de celui des autres ; chacunemploie, ses facultés individuelles , d’abord pour sonintérêt personnel (1), et ensuite pour celui de sa cor-poration ; quant à l’intérêt public, c’est à quoi l’on11e songe guère ; et c’est de là que naît cet esprit
(1) Je dis dans son intérêt personnel , pour me confor-mer au langage reçu ; car Vintérêt personnel , bien en-
tendu, n’est au fond que l’intérêt général.