dîme (3) , et en avait assuré le paiement en remplis-sant de vaines terreurs l’ame des fidèles; il avait ins-titué les pénitences comme un moyen d’expiation,et ces pénitences étaient devenues un fonds de com-merce pour les moines (4) , qui se chargeaient de lesfaire à prix d’argent; enfin, il avait employé la forcedes armes, et s’était souillé de sang pour acquérir denouvelles richesses , ou conserver celles dont il avaitdépouillélescitoyens. Ainsi, pour devenir richeetpuis-sant, il avait fait naître les erreurs morales les pluspernicieuses,et fortifié au même point l’ignorance, labarbarie des mœurs et l’habitude de tons les crimes;causes qui, comme on voit, devaientavoir l’influencela plus funeste sur l’esprit public.
Dépouillé de ses biens par Charles Martel, indem-nisé de ses pertes par Charlemagne, mais dépouilléune seconde fois par les nobles sous les successeursde ce prince, le clergé avait perdu sa prééminencependant la seconde dynastie. Il s’intrigue pour larecouvrer sous les premiers Capétiens. Les combatsjudiciaires lui en offrent l’occasion. Il les condamnehautement au nom du ciel; et, sous prétexte que ,dans tous les procès, l’un des plaideurs soutient uneinjustice, que toute injustice est un péché , que toutpéché intéresse la religion, etquetout ce qui intéressela religion est de la compétence de ses ministres, ilusurpe sur les seigneurs le droit de rendre la justice,et ce droit devient bientôt pour lui une source fé-conde de richesses et d’autorité. Il parvient ainsi àformer de nouveau une puissance dans l’Etat, et de