parer de l’autorité souveraine qu’ils avaient seulsexercée jusqu’alors; dès ce moment le gouvernementn’est plus qu’une tyrannie, la nation se trouve diviséeen deux classes, celle des gouvernans et celle des gou-vernés ; et comme leurs intérêts ne sont plus com-muns , tout esprit national devient en quelque sorteimpossible.
Bientôt les intérêts contraires se multiplient dansl’Etat, et rendent la naissance d’un esprit public deplus en plus difficile. Les grands, que les rois avaientcomblés de biens, parce qu’ils avaient eu besoin deleur secours pour asservir le peuple, se croient assezpuissans pour pouvoir résister aux rois, et se rendreindépendans de leur autorité. Les prêtres, qui n’a-vaient pas moins contribué que les grands à établirla domination des rois sur la terre, en faisant des-cendre leur pouvoir du ciel, et qui, pour prix de ceservice, en avaient reçu des dons immenses; lesprêtres, qui avaient fait particulièrement avec euxun trafic si lucratif de la justice divine , les prêtrescroient pouvoir imiter l’exemple des grands , et pro-clament aussi leur indépendance. Dès ce momentles rois, les grands et les prêtres se font des guerresfurieuses; et au sein de leurs sanglantes discordes ,il se forme un nouveau genre de domination qui en»gendre bientôt de nouveaux désordres. Les leudes ,les évêques et les abbés, introduisirent les seigneuriesdans leurs terres ; ces seigneuries se multiplient, etdeviennent autant de tyrannies d’un ordre subal-terne ; tyrannies d’autant plus rigoureuses, que