( 10 7 )
individu résolu à braver la mort pour exciter unesédition, sera tenu par la crainte de l’amende qu’ilencourra en ne se soumettant pas à la loi sur la cen-sure? D’ailleurs , il faut croire qu’un gouvernementest établi sur desfondemens bien fragiles pour craindrequ’une brochure puisse le renverser. La patience despeuples devrait avoir rassuré ces gens qui paraissentsi timides ; car ils n’ignorent pas qu’il leur faut aumoins huit siècles d’oppression et de misère pour lesobliger à se remuer. Au reste , quelle que soit la pré-tendue vivacité qu’on attribue aux Français , ils nesont pas aussi inflammables qu’on veut bien le dire ;et les villes où l’on publie le moins de brochures nesont peut-être pas celles du royaume où les espritssont les plus calmes. Il semble, au contraire, que ladouleur s’irrite par l’impossibilité de se plaindre ; onse croit vengé du mal qu’on souffre , quand on peuten nommer l’auteur.
Pour mieux sentir la force des raisons qu’on peutdonner en faveur du rétablissement de la censure,supposons que les ministres d’un roi rassemblenttous les savans , tous les magistrats , enfin tons lesécrivains de la nation , et qu’ils leur parlent en cestermes : Yous avez tous le droit de publier vospen-sées, et de dénoncer ceux de vos agens qui vous op-priment : ce droit est très-précieux, et personne n’enconteste ni la justice ni les avantages; cependant ,comme vous êtes tous enclins à la calomnie, et quevous pourriez vous diffamer mutuellement; commevous êtes des étourdis qui pourriez vous réVolter sans
Tom. i er . — Cahier 3. Z