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rive-t-il ? que l’état n’a plus que des écrivains mer -cenaires , qui ne sentent pas même ce que la censurea d’humiliant, ou qui, s’ils le sentent, se résignentà tout, dans l’espoir de gagner de l’argent ; maisest-il permis d’attendre qu’il sortira quelque chosede bon d’une plume vénale? Dailleurs, lorsque lescenseurs arrêtent injustement un ouvrage, l’auteurse trouve en quelque sorte diffamé parleur jugement 5et conçoit-on que l’homme sensé, qui met plus deprix à la probité qu’aux talens littéraires , veuillecourir un pareil danger ? "Voyea ce qui est arrivésous le gouvernement impérial: on voulait donnerun prix au meilleur ouvrage de morale qui avaitparu depuis dix ans , et l’on a été obligé de le don-ner à une grammaire , parce qu’il n’e s’était pas trouvéun seul moraliste qui eût le courage de prendre laplume.
Que l’extinction des lumières doive être la suitede l’établissement du despotisme et de la destruc-tion de la morale, c’est ce qui n’a pas besoin de dé-monstration. Cependant, je vais faire ici quelquesréflexions qui rendront la chose plus frappante. J’aidéjà remarqué que les sciences avaient pu naître etse perfectionner au sein de la Grèce, sans le secoursde l’imprimerie , parce que la liberté dont les Grecsjouissaient, et l’habitude qu’ils avaient des assem-blées publiques , leur donnaient toutes les facilitéspossibles pour se communiquer leurs pensées et leursdécouvertes ; que, si elles avaient pénétré en Europe,c’était uniquement parce que les rois avaient été