( 84 )
pager sans le secours et sans la liberté de la presse ,c’est ce qui me paraît impossible. Les gouvernemensde cette nature j quoiqu’en dise Montesquieu , sonttoujours plus ou moins despotiques : or , le despo-tisme a trop d’intérêt à maintenir les hommes dansl’ignorance, et à les diviser entre eux, pour leur per-mettre les recherches et les réunions que le progrèsdes sciences rend nécessaires. D’ailleurs le peuple estsi misérable dans les états de cette nature, et la jouis-sance des biens qu’il peut se procurer par un travailopiniâtre est si précaire, qu’il n’a ni le temps ni ledésir de faire des découvertes dont il ne serait pas sûrde profiter.
On peut me faire ici une objection : on dira quela liberté de la presse n’a jamais existé en France ,et que cependant les lumières y ont fait des progrèsrapides. Loin de prouver la fausseté de ce que j’a-vance , cette objection me fournira l’occasibri d’enfaire sentir la vérité. Lorsque l’imprirnerie eut étédécouverte , le premier usage qu’on en fit, fut dereproduire les ouvrages de l’antiquité; et commeces ouvrages n’étaient pas écrits en langue vulgaire ,et que les esprits étaient beaucoup plus portés à fairedes recherches de pure érudition , ou des remar-ques critiques, qu’à faire l’application des véritésqu’on découvrait , le gouvernement ne songea pasà en empêcher la pmblication ; et ce fut assurémentune grande faute que commit le despotisme de nosrois.
Ce qui fut d’abord le plus généralement admiré