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juger, de raisonner, et de pénétrer en quelquesorte, par sa constance , les secrets les plus cacliés dela nature.
Mais , sans le secours de la parole , ses facultés lesplus précieuses seraient vaines, ou pour mieux direelles n’existeraient pas. Continuellement frappé desobjets dont il serait environné , les sensations qu’ilaurait éprouvées ne se renouvelleraient qu’en pré-sence des objets mêmes qui les auraient fait naître.Comme il ne connaîtrait dans kl nature que des in-dividus , et qu’il n’aurait aucun signe pour fixer sesidées, il ne pourrait jamais les généraliser; il pour-rait bien porter quelques jugemens , mais il resteraitincapable d’apercevoir les rapports qui existeraiententre eux 5 il ne pourrait donc pas raisonner, parcequ’il n’aurait point d’idées générales. C’est donc àl’invention des signes, c’est à la parole, que l’hommedoit le développement de toutes ses facultés, de toutesses connaissances (1).
Cependant la parole , ce signe fugitif de nos pen-sées, serait toujours restée imparfaite et grossière sielle n’ayait en elle-même un signe capable de la fixer ;
(1) S’il se trouvait quelque lecteur assez étranger auxlumières de son siècle pour contester cette vérité , qu’il enfasse l’expérience sur lui-même ; qu’il tente, par exemple,de faire dans son esprit le calcul ou le raisonnement leplus simple sans le secours d’aucun signe ; et s’il ne peuty parvenir, qu’il nous explique comment les hommes aij~«aient pu raisonner sans un pareil secours.