Druckschrift 
2 (1861)
Entstehung
Seite
363
Einzelbild herunterladen
 

REISEBILDER.

363

avec Louis XYI une longue conversation, que le tzarAlexandre avait bourré de bonbons, que la princesse deKiritz avait porté sur ses genoux, qui avait chevauchésur les chiens du duc de Brunswick, à qui le roi de Ba-vière avait lu ses vers, qui avait fumé dans la mêmepipe que des princes allemands, que le pape avaitadoré, et que Napoléon n’avait jamais aimé. Cette der-nière circonstance attristait encore le malheureux surson lit, ou, comme j’ai dit, son berceau de mort; et ilpleurait sur le destin tragique du grand empereur quine l’avait jamais aimé, mais qui avait fini si déplorable-ment à Sainte-Hélène. — Tout à fait comme moi,ajoutait-il, seul, méconnu, abandonné de tous les roiset princes, image dérisoire d’une splendeur passée !

Quoique je ne comprisse pas bien comment un nainqui meurt entre deux géants pouvait se comparer à ungéant mort au milieu des nains, les paroles du pauvreTurlututu me touchèrent néanmoins, et surtout son dé-laissement à son heure dernière. Je ne pus m’empêcherde lui témoigner mon étonnement de ce que mademoi-selle Laurence, qui était à présent une si grande dame,ne s’inquiétait pas de lui. A peine avais-je prononcé cenom que le nain fut agité de mouvements convulsifs; ildit d’une voix gémissante : « Ingrate enfant ! dontj’avais soutenu le jeune âge, que je voulais élever aurang de mon épouse, à qui j’avais montré comment ondoit se conduire et gesticuler parmi les grands de cemonde, comme on sourit, comme on salue à la cour,