;S02 OEUVRES DE HENRI HEINE.
moi, mais fort innocemment et sans grande tendresse.Moi, au contraire, je tombai de plus en plus sous lecharme de cette image, qui prit à mes yeux une réalitéchaque jour plus certaine. Il est facile d’évoquer lesesprits, mais c’est une grosse affaire de les renvoyerdans leur ténébreux néant : ils nous adressent alors desregards si suppliants, notre propre cœur intercède sipuissamment pour eux!... Je ne pus me dégager, etdevins amoureux de la petite Véry sept ans après samort. Je vécus pendant six mois de cette vie à Pots-dam, entièrement enfermé dans cet amour. J’évitaiplus soigneusement encore qu’auparavant le contact dumonde extérieur, et si quelqu’un venait à ine frôler enpassant dans la rue, je ressentais l'angoisse la plus pé-nible. J’avais, contre toute rencontre de cette nature,la même horreur qu’éprouvent peut-être, en pareil cas,les morts dans leurs promenades nocturnes; car on ditque les vivants effraient les esprits qu’ils rencontrent,autant qu’ils sont effrayés eux-mêmes à la vue desspectres. Le hasard voulut qu’alors passât à Potsdamun voyageur que je ne pouvais éviter, c’était mon frère.A son aspect, et pendant ses récits des derniers événe-ments de l’histoire contemporaine, je me réveillaicomme d’un songe profond, et recor.nus avec en sou-dain effroi l’horrible isolement dans lequel je m’étaisperdu. Tel était cet état, que je n’avais fait aucuneattention au changement des saisons, et je remarquaiavec surprise que les arbres, effeuillés depuis long-
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