XV
POST-SCRIPTUM
— Écrit en novembre 1830.**
Je ne sais quelle étrange piété m’empêcha d’adoucirquelques expressions qui, lorsque je, revis les épreuvesdes chapitres précédents me parurent trop dures. Lesfeuilles de mon manuscrit étaient déjà devenues d’unpâle bien jaune, pâle de mort, et j’avais conscience deles mutiler. Tout écrit de vieille date a acquis un sem-blable droit d’inviolabilité, et surtout ces pages qui ap-partiennent en quelque sorte à un passé bien ténébreux.Car elles avaient été écrites presque un an avant la troi-sième hegire bourbonienne, dans un temps plus durque l’expression la plus dure de l’écrivain, dans untemps où tout semblait faire croire que la victoire de laliberté pouvait encore être retardée d’un siècle. C’étaitau moins chose inquiétante, de voir nos chevaliers alle-mands lever un front si assuré, faire peindre à neufleurs écussons pâlis, parader dans les tournois de Mu-nich et de Polsdmn avec l’écu et la lance, et caracolerfièrement sur leurs hauts destriers comme s’ils étaient