278
ŒUVRES RE HENRI HEINE.
des gazettes ecclésiastiques, haine des sectes, maqui-gnonnage religieux, prosélytisme; et pendant que nousnous disputons pour le ciel, nous nous perdons sur cetteterre. L’indifférence en matière de religion serait peut-être le seul moyen de nous sauver, et l'affaiblissement dela foi pourrait donner à l’Allemagne une force politique.
Pour l’intérêt de la religion en elle-même, et deson caractère sacré, il est pernicieux qu’elle soit re-vêtue de privilèges, que ses serviteurs soient dotés parl’État, préférablement à tous autres, et s’engagent, pourconserver cette dotation, à soutenir l’État. De cettefaçon, une main lave l’autre, l’ecclésiastique lave latemporelle, et vice versa; et de tout cela résulte un gâ-chis qui semble au bon Dieu une folie, et à l’hommeune abomination. La religion ne peut tomber plus basque lorsqu’elle est ainsi élevée au rang de religiond’État ; c’est alors comme si son innocence était perdue,et elle s’enorgueillit publiquement, comme une fa-vorite déclarée. Sans doute il lui arrive alors plusd’hommages et d’assurances de respect. Elle célèbretous les jours de nouvelles victoires, se pavane dans debrillantes processions, et j’on voit même, dans cesmarches triomphales, des généraux de Bonaparte laprocéder avec des cierges; les esprits les plus fiersprêtent serment à ses étendards; chaque jour sont con-vertis et baptisés des incrédules... Mais toute cette eaulustrale ne rend pas la soupe plus grasse, et les nou-velles recrues de la religion d’État ressemblent aux