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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
moi-môme de heurter rudement ce nez de pierre, et, àprésent, il va m’apparaître cette nuit avec son nez écrasé.
Le sacristain, moine pâle et jeune, nous montra lacroix merveilleuse et nous raconta les miracles qu’elleavait faits. Capricieux comme je suis, je n’ai peut-êtrepas fait en cette occasion une figure d’incrédule ; j'ai detemps à autre des accès de foi aux miracles, surtout làoù le lieu et l’heure la favorisent. Je crois alors quetout, dans ce monde, est miracle, et que l’histoire uni-verselle est une légende. Fus-je atteint de la foi conta-gieuse de Francesca, qui baisa la croix avec un empor-tement d’exaltation? Mais je me sentis en même tempschoqué par la raillerie non moins emportée de la mor-dante Anglaise. Peut-être cette disposition railleuse meblessa-t-elle, d’autant plus que je ne m’en sentais pastout à fait exempt moi-même, et qu’elle me semblaitalors quelque chose de peu louable. On ne peut nier eneffet que la moquerie, le plaisir de la contradiction, porteen soi quelque chose de méchant, tandis que le sérieuxs’allie davantage avec les meilleurs sentiments : la vertu,l’amour de la liberté et l’amour-lui-même, sont fort sé-rieux. Pourtant, il y a des cœurs où la plaisanterie et lesérieux, la malice et la bonté, la verve pétulante et lamorgue, s’amalgament d’une façon si bizarre, qu’il estdifficile de les juger. Un semblable cœur se trouvait dansle sein de Mathilde; quelquefois c’était une froide lie deglace dont le sol poli comme un miroir laissait jaillirdes palmiers languissants; et souvent aussi c’était un
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