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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

moi-môme de heurter rudement ce nez de pierre, et, àprésent, il va mapparaître cette nuit avec son nez écrasé.

Le sacristain, moine pâle et jeune, nous montra lacroix merveilleuse et nous raconta les miracles quelleavait faits. Capricieux comme je suis, je nai peut-êtrepas fait en cette occasion une figure dincrédule ; j'ai detemps à autre des accès de foi aux miracles, surtout le lieu et lheure la favorisent. Je crois alors quetout, dans ce monde, est miracle, et que lhistoire uni-verselle est une légende. Fus-je atteint de la foi conta-gieuse de Francesca, qui baisa la croix avec un empor-tement dexaltation? Mais je me sentis en même tempschoqué par la raillerie non moins emportée de la mor-dante Anglaise. Peut-être cette disposition railleuse meblessa-t-elle, dautant plus que je ne men sentais pastout à fait exempt moi-même, et quelle me semblaitalors quelque chose de peu louable. On ne peut nier eneffet que la moquerie, le plaisir de la contradiction, porteen soi quelque chose de méchant, tandis que le sérieuxsallie davantage avec les meilleurs sentiments : la vertu,lamour de la liberté et lamour-lui-même, sont fort sé-rieux. Pourtant, il y a des cœurs la plaisanterie et lesérieux, la malice et la bonté, la verve pétulante et lamorgue, samalgament dune façon si bizarre, quil estdifficile de les juger. Un semblable cœur se trouvait dansle sein de Mathilde; quelquefois cétait une froide lie deglace dont le sol poli comme un miroir laissait jaillirdes palmiers languissants; et souvent aussi cétait un

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