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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
grêle, de la neige ou de la pluie ordinaire ? Cela n’estpas dans l’ordre, me disais-je...
— Pourquoi dire cela, milady? Pourquoi, plutôt, nepas taire ces doutes? Les incrédules qui n’admettentpas le ciel ne devraient pas faire de prosélytes. Il estmoins blâmable et même digne d’éloges, le prosélytismede ces gens qui ont un ciel superbe dont ils ne veulentpas garder en égoïstes les splendeurs pour eux seuls, quiinvitent en conséquence leur prochain à en venir prendresa part, et n’ont pas de cesse que celui-ci n’ait acceptéleur bienveillante invitation.
— Je me suis toujours étonnée, docteur, que la plu-part des riches de cette espèce que nous voyons affairésavec tant de zèle, comme membres des sociétés de con-version à rendre digne du ciel quelque vieux mendiantjuif, pour y jouir de son aimable société, ne pensentpourtant jamais à lui faire partager dès à présent leursjouissances sur cette terre, et par exemple ne l’invitentjamais pendant l’été à leurs maisons de campagne, oùil y a certainement de friands morceaux que le pauvrediable savourerait avec autant de plaisir que s’il les avaitdans le ciel.
— Cela s’explique, milady. Les jouissances célestesne leur coûtent rien, et c’est un double plaisir de pou-voir rendre heureux à si bon marché notre prochain.Mais les incrédules, à quelles jouissances peuvent-ilsinviter quelqu’un?
— A rien, docteur, si ce n’est à-un long et tranquille