180 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
elles des poissons cuits dans une sauce blanche à l’ailfort délicieuse, chante les psaumes les plus magnifiquesdu roi David, se réjouit de tout son cœur de la sortiedes enfants d’Israël de l’Égypte, et puis de ce que tousles scélérats qui leur ont fait du mal sont à la fin morts;de ce que le roi Pharaon, Nebukadnezar, Haman, An-tiochus, Titus et tous ces gens-là sont morts, tandis queLoque vit encore et mange du poisson avec sa femme etson enfant. — Et je vous le dis, monsieur le docteur,les poissons à la vieille sauce juive sont délicieux, et cethomme est heureux ; il n’a que faire de se tourmenterpour la civilisation ; il est assis dans sa religion et danssa robe de chambre verte, content comme Diogène dansson tonneau. Il regarde avec plaisir ses chandelles, qu'iln’a même pas la peine de moucher. Et je vous le dis,quand ses chandelles brûlent un peu terne, et que lafemme de ménage, qui doit les surveiller, n’est pas là,pour l’instant, si Rothschild le Grand entrait avec toutson cortège de courtiers, d'escompteurs, d’expéditeurs,d’agents de change et de chefs de comptoir, avec les-quels il fait la conquête du monde, et qu’il lui dit:« Moïse Loque, demande-moi une faveur, et ce que tuvoudras sera fait... » Monsieur le docteur, je suis con-vaincu que Moïse Loque répondrait tout tranquillement:« Mouche-moi mes chandelles ! » et Rothschild le Granddirait avec admiration : « Si je n’étais Rothschild, jevoudrais être Loque. »
Pendant que Hyacinthe développait ainsi ses idées