470 ŒUVRES I)E HENRI HEINE.
était assis sur son fauteuil vert comme sur un trône, etparlait comme un roi. Autour de lui se tenaient debouttous ses courtiers, et il donnait ses ordres, et il envovades estafettes à tous les rois; et, pendant que je lui cou-pais les cors, je me disais dans mon cœur : — Tu tiensdans tes mains le pied de l’homme qui a lui-méme dansses mains le monde entier ; tu es maintenant aussi unhomme important; si tu lui rognes en bas un peu tropprès du vif, il deviendra de mauvaise humeur, et ro-gnera encore plus cruellement en haut les plus grandsrois...; ç’a été le plus beau moment de ma vie.
— Je me figure facilement toute la beauté de ce sen-timent, monsieur Hyacinthe. Mais quel est celui de ladynastie des Rothschild que vous avez ainsi amputé ?Etait-ce le Breton au cœur fier, l’homme de Lombard-Street, qui a établi un mont-de-piété pour les empereurset pour les rois’
— Gela s’entend, monsieur le docteur; je veux direle grand Rothschild, le grand Nathan Rothschild, Na-tan le Sage, chez lequel l’empereur du Brésil a mis engage sa couronne de diamants. Mais j’ai eu aussi l’hon-neur de connaître le baron Rothschild de Francfort, et,quoique je n’aie pas eu le plaisir d’être intime avec sonpied, il a pourtant su faire cas de moi. Quand le mar-quis lui dit que j’avais été collecteur de la loterie, lebaron dit avec beaucoup d’esprit : — Et je suis aussiquelque chose comme cela; je suis, ma foi, le collec-teur en chef des billets de la loterie Rothschild, et, sur