REISEBILHETl.
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cule comme un fou, on danse sur les collines et sur lesrochers, et l’on s’imagine que le monde entier danseavec soi. On se sent comme si le monde était créé d’au-', et qu’on fût le premier homme. — Ah ! quetout cela est beau ! m’écriai-je ravi, quand j’eus quitté lademeure de Francesca; qu’il est beau! qu’il est admi-rable, ce nouveau monde ! Il me semblait qu’il me fallûtdonner comme le premier homme un nom à toutes lespiaules, à tous les animaux, et je nommais tout d’aprèssa nature intime, et selon mon propre sentiment, qui seconfondait si complaisamment avec les choses exté-rieures. Mon sein était une source de révélation, et jecomprenais toutes les formes et toutes les figures, leparfum des plantes, le chant des oiseaux, le sifflementdu vent, et le murmure des cascades. J’entendis plusd’une fois aussi la voix divine qui me disait : Adam , oùes-tu? — Me voici, Francesca, répondais-je alors, jet’adore, car je sais bien certainement que tu as créé lesoleil, la lune et les étoiles, et la terre avec toutes sescréatures! Alors une sorte de ricanement sortait desbuissons de myrtes, et je soupirais secrètement, et jenie disais : O douce folie ! ne m’abandonne pas !
Mais ce fut plus tard, quand vint le moment du cré-puscule, que commença la vraie félicité de cette extra-vagance amoureuse. Les arbres des montagnes ne dan-saient plus seuls, mais les montagnes elles-mêmesdansaient avec leurs tètes pesantes, que le soleil cou-chant illuminait d’une teinte si rouge qu’on les eût dit