ŒUVRES DE HENRI HEINE.
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toute sa longueur sur le sofa, se mettant les mains surles yeux, et s’écriant hors d’haleine : — Ah ! que je suj sfatiguée de dormir! Alors s'approche le marquis, lequellui débite une longue harangue dans un ton ironique-ment empesé et respectueux, qui contraste d’une façonsingulière avec sa fade sensiblerie ordinaire, et plus encore avec cette transition brusque à un langage positif,concis et laconique que je lui connaissais, quand unsouvenir soudain le rappelait à ses affaires mercan-tiles. Cependant le ton avec lequel parlait à présentle marquis n’avait rien de faux; il s’était peut-êtreformé naturellement en lui précisément parce que cethomme manquait de la hardiesse suffisante pour an-noncer du premier coup une supériorité à laquelle ilse croyait droit par l’argent et par l’esprit, et qu’ilcherchait lâchement à masquer sous l’expression del'humilité la plus exagérée. Son large sourire avait, enpareille occasion, quelque chose de désagréablementcomique, et l’on restait incertain si l’on devait le souf-fleter ou l’applaudir. Ce fut donc ainsi qu’il présentason compliment matinal à Francesca, qui, encore àdemi endormie, l’écouta à peine; et lorsqu’il demandala permission de lui baiser les pieds, ou tout au moins lepied gauche, et qu’il déploya, à cet effet, avec grand soinson mouchoir de soie jaune, sur lequel il s’agenouilla,elle lui tendit indifféremment son pied gauche, qui étaitchaussé d’un charmant soulier rouge, tandis qu’elle por-tait un soulier bleu au droit, piquante coquetterie qui