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2 (1861)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

Milady partit piquée de cette réponse. Elle saisit sacravache, placée en guise de signet entre les feuilletsdun roman, la fit siffler en fouettant autour des oreillesde son blanc lévrier, qui grommela sourdement, puis elleramassa vivement son chapeau, le mit avec crânerie sursa tête bouclée, se regarda plusieurs fois dans la glace,et se dit fièrement : Je suis encore belle ! Mais toutdun coup elle sarrêta pensive et comme pénétrée dunsombre sentiment daffliction, tira lentement son gantblanc de sa main, me la tendit, et prenant, avec la ra-pidité de léclair, ma pensée sur le fait : Nest-il pasvrai, dit-elle, que cette main nest plus aussi belle quau-trefois à Ramsgate ! Mathilde a beaucoup souffert depuisce temps- !

Cher lecteur, il nest pas facile de voir à quelle placeles cloches peuvent être fêlées : on nen est averti quepar le son. Eh bien ! si tu avais entendu le son de voixdont furent prononcés ces derniers mots, tu te seraisaperçu tout de suite que le cœur de milady est un cœurdu métal le plus pur, mais quune fêlure secrète enétouffe les vibrations les plus joyeuses, et les voile dunemystérieuse tristesse. Cependant ces cloches-, je lesaime : elles trouvent toujours dans mon propre cœurun écho sympathique ; et je baisai la main de miladyavec plus de tendresse peut-être quautrefois, quoiquecette main fût moins potelée, et que des veines dunbleu trop fortement accusé, semblassent me dire aussi:Mathilde a beaucoup souffert depuis ce temps-!