104 ŒUVRES DE HENRI HEINE.
voiture mou compagnon de voyage. — Oui, nous auronsun beau jour ! répéta tout bas inon cœur en adoration,et il tressaillit de peine et de joie; oui, ce sera un beaujour, le soleil de la liberté réchauffera la terre plus joyeu-sement que toute cette aristocratie d’étoiles nocturnes;une nouvelle génération fleurira, engendrée dans les em-brassements de choix libres, et non plus sur une couchede corvée et sous le contrôle de douaniers ecclésias-tiques. Avec une naissance libre, se produiront aussidans les hommes des pensées et des sentiments libresdont nous autres, esclaves-nés, n’avons aucune pres-cience. — Oh! ils auront tant de peine à imaginercombien était affreuse l’obscurité de la nuit dans la-quelle nous vivions, et quel horrible combat nous avionsà soutenir contre des spectres hideux, des hiboux stu-pides et des criminels hypocrites! Oh! malheureuxcombattants que nous sommes! nous qui avons dù dé-penser toute notre vie dans un pareil combat, et quirestons fatigués et pâles quand brille le jour de la vic-toire ! La flamme du soleil levant ne suffira pas à rougirnos joues ni à réchauffer nos cœurs, il nous faut mourircomme cette lune qui disparaît... Elle est si courte pourl’homme, cette vie au bout de laquelle est l’inexorabletombeau !
Je ne sais vraiment si j’aurai mérité qu’on dépose unjour un laurier sur mon cercueil. La poésie, quel quesoit mon amour pour elle, n’a toujours été pour moiqu’un moyen consacré pour un but saint. Je n’ai jamais