XXVIII
Sur le champ de bataille de Marengo, les réflexionsvous arrivent en foule telle qu’on serait tenté de croireque ce sont les mômes que tant d’hommes furent obligésd’y laisser avec leur vie en cette journée, et qui errentmaintenant dans ces plaines comme des chiens privésde leurs maîtres. J’aime les champs de bataille ; car,tout horrible qu’est la guerre, elle témoigne pourtant dela grandeur intellectuelle de l’homme, qui peut défierla mort, son plus puissant ennemi héréditaire. J’aimesurtout ce champ de bataille où la liberté dansa sur desroses de sang sa voluptueuse danse dè noces ! LaFrance était alors la fiancée qui avait imité tout lèmonde à ses épousailles, et, comme il est dit dans lachanson :
Oui-da! la veille des nocesOu cassa au lieu de potsDes tetes d’aristocrates.
Mais, hélas ! chaque pouce de terrain que gagne l’hu-manité coûte des torrents de sang. Et, n’est-ce pas làun prix trop élevé? Est-ce que la vie de l’individu ne