XXVI
Quoique j’eusse dès à présent, ch n r lecteur, occa-sion de te régaler de mes jugements sur l’art à pro-pos de l’Ambrosiana et de la Brera, je veux pourtantdétourner de toi ce calice, et me borner à remarquerque j’ai retrouvé chez plus d’une belle Lombarde, dansles rues de Milan, ce menton pointu qui donne auxfigures de l’école lombarde une teinte de sentimentalité.
Ç’a toujours été une chose fort instructive pour moiquand j’ai pu comparer avec les ouvrages d’une écoleles originaux de la race qui lui avait servi de modèle.Je comprenais alors bien mieux le caractère de l’école.C’est ainsi que la foire de Rotterdam m’a donné toutd’un coup l’intelligence de Jean Steen dans toute sadivine jovialité, et que plus tard j’ai reconnu sur le Long-Arno les formes bien dessinées qui trahissaient l’espritcapable des Florentins; de la môme manière, sur la placeSan-Marco, s’est révélé à mon esprit la vérité de cou-leur et la rêveuse superficialité des Vénitiens. Prends tonvol vers Rome, ma chère âme, et peut-être t’élèveras-tualors jusqu’à concevoir l’idéal qui s’appelle Raphaël.
Cependant je ne puis passer sous silence une mer-