REISEBILDER. 95
veille de Milan, la plus grande sous tous les rapports. Jeveux dire le dôme.
De loin on dirait ce monument de papier blanc dé-coupé; on approche, et l'on est stupéfait en reconnais-sant que cette découpure est d’un marbre incontestable.Les innombrables statues de saints qui couvrent toutl’édifice, regardant dans toutes les directions sous leurspetites niches gothiques, et fichées bien haut sur toutesles aiguilles, forment un peuple de pierre à en troublerl’esprit. Quand on considère cet ouvrage un peu long-temps, on finit par le trouver tout à fait joli, colossale-ment mignon, un vrai joujou pour des enfants de géant.Par un clair de lune de minuit, il offre le plus bel aspect :alors tous ces hommes de pierre blanche descendent dumilieu de leur foule aérienne, se promènent avec vous,sur la place, et vous murmurent dans l’oreille de vieilleshistoires, de belles et saintes histoires, des histoirestoutes secrètes sur Galéas Visconti, qui a fait commencerle dôme, et sur Napoléon Bonaparte, qui l’a fait conti-nuer longtemps après.
— Vois-tu, me dit un drôle de saint taillé dans lestemps les plus modernes, avec du marbre tout moderne,vois-tu, mes vieux camarades ne peuvent comprendrepourquoi l’empereur Napoléon a poussé avec tant depassion l’achèvement du dôme. Mais je sais bien, moi,qu’il prévoyait que cette grande maison de pieire serait,dans tous les cas, un édifice fort utile, et qu’on pourraitencore s’en servir quand le christianisme sera passé,