90 œilVRES DE HENRI HEINE.
lac admirablement bleu où se miraient le soleil et unmaigre grenadier. Celui-ci, Narcisse autrichien, admi-rait avec une joie d’enfant comme sa ressemblance étaitfidèle dans ce miroir, quand il présentait ou portaitl’arme, et quand il mettait en joue.
Je n’ai que peu de choses à dire sur Brescia même,parce que j’y employai à faire un bon dîner le temps demon séjour. On ne peut en vouloir à un pauvre voya-geur d’apaiser la faim du corps avant celle de l’esprit.Cependant je fus assez consciencieux, avant de remonteren voiture, pour demander au cameriere quelques ren-seignements sur Brescia, et j’appris entre autres que laville avait quarante mille habitants, un hôtel de ville,vingt et un cafés, vingt églises catholiques, une maisonde fous, une synagogue, une ménagerie, une maisonde correction, un hôpital, un assez mauvais théâtre,et un gibet pour les voleurs qui volent au-dessous de100,000 thalers.
J’arrivai à minuit à Milan, et descendis chez M. Reich-mann, Allemand qui a établi son hôtel tout à fait sur lepied allemand. Quelques compatriotes que j’y retrouvaime dirent que c’était le meilleur hôtel de toute l’Italie, etne se lassaient pas de mal parler des puces et des auber-gistes italiens. Je retrouvai dans cet hôtel Reichmannune ancienne connaissance anglaise, un mister Liver quej’avais laissé comme un jeune veau à Brighton et que jeretrouvais alors bœuf à la mode à Milan. Il était tout à faithabillé en dandy, et je n’ai jamais vu d’homme qui sût