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Grande, aimable comme il le fut toujours avec lespoètes, voulait descendre de son cheval et me servir deguide. — Reste là, lui criai-je ; je n’ai pas besoin de toi ;mon cœur est le meilleur cicerone, et me raconte par-tout les histoires qui se sont passées dans ces palais, etil me les raconte fidèlement, sauf les noms et les dates.
Quand j’arrivai à l’arc de triomphe romain, un moinenoir y passait à la liâle; bientôt après résonna un gron-dement allemand de Wer da ? — Amico ! dit en gla-pissant un joyeux soprano.
Mais à quelle femme appartenait donc cette voix quime pénétra l’âme avec une douceur si mystérieusequand je montai la Scala-Ammazzati? C’était un chantcomme il en sortirait de la poitrine d’un rossignol mou-rant , douloureusement tendre et frappant sur les mursde ces maisons comme demandant du secours. C’est àcette place qu’Antonio délia Scala massacra son frèreBartolomeo, quand celui-ci se rendait chez sa maîtresse.Mon cœur me disait qu’elle était encore assise dans saohambre, attendant son bien-aimé, et qu’elle ne chan-tait que pour étouffer un pressentiment inquiet. Maisbientôt la voix et l’air me parurent si connus : j’avaisdéjà entendu jadis ces sons soyeux, frissonnants et sai-gnants ; ils m’enlacèrent comme des souvenirs tendreset suppliants, et... — Quel sot cœur est le mien! medis-je; ne reconnais-tu plus la romance du roi mauremalade, que Maria la morte a chantée si souvent? Et lavoix... Ne reconnais-tu plus la voix de Maria la morte?