XXIII
Dès qu’il fait sombre, le beau monde de Vérone sepromène sur la place La Bra, ou s’établit sur de toutpetits sièges devant les cafés où l’on hume le sorbet, lafraîcheur du soir et la musique. C’est là qu’il fait bond’être assis; le cœur se laisse bercer avec ses rêveriessur de douces vagues harmoniques, et résonne enécho. Maintes fois, au moment de l’assoupissement,il tressaille quand les trompettes sonnent, et chanteavec tout l’orchestre. Alors l’esprit est réveillé commepar un éclat de soleil, les sentiments à larges fleurs etles souvenirs aux grands yeux noirs s’épanouissent, etpar-dessus passent comme des nuages les pensées fières,lentes et éternelles.
Minuit avait déjà sonné depuis longtemps, que j’erraisencore par les rues de Vérone, qui devenaient peu àpeu désertes et rendaient de bizarres échos. Les édificeset ieurs statues tremblotaient comme des vapeurs à unedemi-lueur de lune, et plus d’une figure de marbre meregarda avec une pâle douleur. Je passai vite devant lestombeaux des Scaliger, car il me sembla que Can-