Druckschrift 
2 (1861)
Entstehung
Seite
53
Einzelbild herunterladen
 

souples, divinement dévergondés, paresseusement mou-rants, et pourtant dune élévation tout aérienne, et toujoursadmirablement poétiques. Je les aime comme jaime lapoésie elle-même; et ces figures mélodieusement ani-mées, ce merveilleux concert de femmes qui mentouraitde ses ondulations, tout cela trouvait son écho dansmon cœur, et y éveillait des accords de la même famille.

Bientôt ce ne fut plus la puissance magique de la pre-mière surprise, la féerie saisissante dune apparitionnouvelle; cétait déjà lesprit calme, comme celui duncritique lisant un poëme, qui appréciait ces femmes avecdes yeux prudemment ravis. Et, dans une pareille ap-préciation, lon découvre bien des choses tristes: larichesse du passé, la pauvreté du présent, et lorgueilqui a survécu. Les fdles de Trente se pareraient bien vo-lontiers encore, comme au temps du concile, alors quela ville resplendissait de velours et de soie; mais le con-cile a laissé peu de résultats ; le velours est râpé, la soieeffilée, et il nest resté aux pauvres enfants quun misé-rable oripeau, quils ménagent avec un soin inquiet pen-dant la semaine, pour sen attifer encore le dimanche.Encore en est-il un grand nombre qui sont obligés de sepasser même de ces restes dun luxe déchu , et davoiralors recours à toutes sortes de produits à bon marchéde notre siècle. Alors il y a de bien touchants contrastesentre le corps et lhabit : la bouche finement tailléesemble faite pour dicter des ordres souverains, et elle estironiquement ombragée par un ridicule chapeau décorce