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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
triotes montèrent chez eux, et leur représentèrent avecgrande éloquence qu’on leur donnait maintenant unprince qui avait un habit bleu sur culottes blanches, ilsse saisirent de leurs carabines, embrassèrent femmes etenfants, descendirent de leurs montagnes, et se battirentà mort pour l’habit blanc et les chères vieilles culottesrouges.
Au fond, qu’importe la couleur de la chose pourlaquelle on meurt, quand on meurt pour ce qu’onaime? Et une telle mort chaude et fidèle vaut mieuxqu’une vie froide et sans foi. Les chants d’une pareillemort, les douces rimes et les mots étincelants suffisentdéjà pour réchauffer notre cœur quand l’air humide desbrouillards et les soucis importuns veulent l’assombrir.
Beaucoup de ces chansons me vibrèrent dans le cœurquand je roulais au travers des montagnes du Tyrol.Les bois de sapins me rendaient par leur murmuremainte parole d’amour perdue dans l’oubli. Quelque-fois, quand les lacs bleus me regardaient comme degrands yeux pleins d’un désir impénétrable, je pensaisaux deux enfants qui s’aimaient tant et moururent en-semble. C’est une bien vieille histoire à laquelle per-sonne ne croit plus aujourd’hui, et dont je ne sais moi-même que quelques rimes éparses :
Il était deux enfants de roi
Qui s’aimaient d’amour bien tendre ;
Ils ne pouvaient se réunir,
Car l’eau était trop profonde