Brixen fut la seconde ville un peu grande du Tyroldans laquelle j’entrai. Elle est située dans une vallée, etquand j’arrivai elle était couverte de vapeur et desombres du soir. Au milieu de ce calme du crépusculevibrait le tintement mélancolique des cloches, les trou-peaux de moutons trottaient vers leurs étables, leshommes vers les églises; partout une odeur désagréablede saints forts laids et de foin sec.
— Les jésuites sont à Brixen, m’avait dit naguère1 ’Hesperus. Je les cherchai tout autour de moi dans lesrues, mais ie ne vis personne qui ressemblât à un jésuite,si ce n’est peut-être ce gros homme à tricorne ecclésias-tique, avec un habit noir de coupe cléricale, vieux etrâpé, qui contrastait d’autant plus avec ses culottesnoires neuves et brillantes.
Ce ne peut être un jésuite, me dis-je enfin, car je mesuis toujours figuré les jésuites un peu maigres. Et puis,y a-t-il encore réellement des jésuites? Je crois souventque leur existence n’est qu’une chimère, que c’est lapeur que nous avons d’eux qui nous revient dans lecerveau, longtemps après que le danger est passé, ettout cet emportement contre les jésuites me rappelle