4 o
HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE
De cette dernière nous n’avons rien de plus à dire, tout l’intérêt étant concentré sur la maison d’angle.
Celle-ci présentait autrefois sur la place un grand pignon dont la partie supérieure est malheureusementrasée. Quant à la façade de la rue Montault, au lieu du mur goutterot relevé de lucarnes que l’on s’attendrait ày rencontrer, elle comprend deux pignons juxtaposés, développant la disposition dont nous avons déjà vu leprincipe adopté à Tours dans les maisons de la place Foire-le-Roi. De plus cette façade est agrémentée d’unetourelle à pans qui s’élève sur l’angle du bâtiment et d’une petite logette saillante formant comme une espècede bow-window à cheval sur les deux pièces et constituant ainsi que la tourelle, pour chacune des pièces del’étage, des réduits dont notre plan fera comprendre la disposition et l’utilité. A l’extérieur, cette logette qui seprolonge sur trois étages est couronnée par un petit pignon qui vient se terminer à la base des deux grands.
Les deux façades sont couvertes d’une sculpture abondamment répandue sur les poteaux, lesconsoles et les amortissements; cette sculpture est d’une exécution pleine de verve, un peu grossière, moinsfine et délicate que certains morceaux que nous avons pu rencontrer à Blois, à Tours où à Luynes parexemple. L’Adam et l’Eve du poteau cornier ont malheureusement disparu, mais les joueurs de biniou quiprennent place au-dessus des montants de porte, de chaque côté de l’imposte par où s’éclaire le couloir del’escalier, le couple d’amoureux conversant qui se voit entre les deux boutiques du rez-de-chaussée, ailleursdes centaures combattant, un pélican, des anges et des fous, un grotesque même d’une inconvenance assezrabelaisienne sont des motifs très curieux et très vivants.
On retrouverait du reste les équivalents de ces motifs réalistes, mythologiques ou religieux dans desfragments de maisons démolies conservés au Musée Saint-Jean. Parmi les rares spécimens encore en place,on doit citer au 21 de la rue Saint-Laud une jolie façade étroite à pignon avec une lucarne bien conservée etune représentation très soignée d’Adam et d’Eve sur des consoles.
Bibliographie : C. Port : Dictionnaire historique de Maine-et-Loire , T. 1, p. 110. — Aug. Michel : Vieilles maisons dans Angerset l’Anjou , p. 292-299. — Chanoine Urseau : Guide du Congrès archéologique de Saumur-Angers (1910), p. 211.
Pl. LXXXIX. — Bourges. — Maison dite de la Reine Blanche, 17, rue Saint-Sulpice.
Bourges possède un grand nombre de maisons à pans de bois, mais presque toutes très simples etd’un modèle uniforme, analogues à celle que l’on voit sur notre planche XXIII, à côté de la maison de la rue desToiles. Elle sont postérieures pour la plupart à l’incendie de 1487, bien qu’on prétende en dater quelques-unesdu xiv' siècle. Celle-ci est d’un modèle à peu près unique et assez original. La date ni l’histoire n’en ont jamaisété fixées exactement, bien que Buhot de Kersers ait cru reconnaître sur le manteau d’une cheminée qu’il signaleau premier étage et qui a disparu, l’écusson soutenu par deux sauvages velus et timbré d’un arbre portant despommes, qui appartient à la famille Régnault de la Porte.
La façade seule est intéressante aujourd’hui avec son rez-de-chaussée disposé pour des boutiques etses deux étages saillants ; encore le second a-t-il été presque complètement supprimé. Les trois baies du rez-de-chaussée sont séparées par des piliers de formes variées, cylindriques ou prismatiques, à nervures en hélices,qui reposent sur des bancs de pierre et sont couronnées de chapiteaux à sujets religieux : Saint-Martin, leChrist aux Oliviers, l’Annonciation et la Visitation ; une poutre moulurée ornée de feuilles de vigne et de char-dons soutient l’étage. En encorbellement, des contreforts saillants prolongent les colonnes du rez-de-chausséeet se terminent par des pinacles. Au-dessus, le second étage était amorcé par des consoles où se voit sculptéeen bas-relief une série de scènes de danses à deux personnages.
Bibliographie : Buhot de Kersers : Histoire et statistique monumentale du Cher , t. II, p. 333-334 (pl. XIII, fig. 2).
PL XC. — Le Mans. — Maison dite de la reine Bérengère.
La façade de la maison de la Grande Rue du Mans, n° 11 (voir notre plan, lettre B.), désignéecomme maison de la reine Bérengère , est un des spécimens les plus connus et d’ailleurs les plus précieuxde l’architecture civile en France à la fin du xv e siècle. Il est inutile d’insister sur sa dénomination d’uneinvraisemblance criante, puisque Bérengère de Navarre, femme du roi Richard, vivait à la fin du xn° siècleet que notre maison date au plus tôt de la fin du xv e . Nous avons eu déjà l’occasion d’en mentionner l’existenceà côté de celle qui a été démolie et était désignée (voir pl. XXXVII) sous le nom de maison de lacour Pôté ! Plan A). M. Robert Triger, dans un savant et judicieux mémoire, a établi les origines et lestransmissions de l’une et de l’autre. Celle qui nous occupe ici a été bâtie, entre 1490 et i5i5, par Robert Véron,