HOTELS ET MAISONS DE
LA RE N A I S S A N C E
Ce serait cet Henry Jouffroy qui aurait fait élever également dans la seconde moitié du xv e sièclela grande maison qui fait face à l’Hôtel de \ ille, de l’autre côté de la rue. Nous en reproduisons ici la façade,légèrement modifiée au x\T siècle par l’addition d’une tourelleen encorbellement à l’angle gauche, et des colonnes doriquesqui supportent le balcon, ainsi que par le remaniement peut-être encore postérieur du comble et de sa corniche à modillonsclassiques.
Cette façade, avec ses fenêtres carrées couronnéesd’accolades peu marquées et sans autre décor que la moulura-tion, est rude et simple comme celle de plusieurs constructionsde la même région et de la même époque, la maison de larue Rivotte à Besançon par exemple. Un peu plus tard le décors’enrichira et se compliquera comme dans la maison dite duBailli à Luxeuil même.
On accède dans la maison par un passage voûté surnervures, à droite et à gauche duquel s’ouvrent deux sallesgarnies de cheminées; l’une au moins de ces cheminées, cellede la cuisine, conserve encore sa physionomie gothique. L’es-calier à rampes droites, placé dans l’aile, est postérieur ainsique la galerie qui dessert les appartements du premier étage etles cheminées qui les ornent.
Mais la partie de beaucoup la plus originale de laconstruction, c’est ce grand balcon qui dessert égalemeni lespièces du premier étage et qui, avec sa balustrade ajouréede décor flamboyant, avec les nervures prismatiques qui le
soutiennent (on en aperçoit assez bien la combinaison très simple dans notre ligure 27) est un morceau fortrare dans les édifices gothiques civils. Un peu trop hardi sans doute et dépassant la limite des encorbelle-ments compatibles avec le système de l’appareillage, il dut être soutenu dès le xvi° siècle par les quatrecolonnes que l’on voit sur notre planche LV et dont nous avons fait disparaître l’une dans notre figure 27.
Fig. 27. — Luxeuil: Maison JouffroyDétail du balcon
Bibliographie : De Soultrait : Notice sur les monuments civils de Luxeuil (1883), in-8 a(pl.). — Guide historique de Luxeuil, pur un Habitant clu Pays, s. d., p. 39-42.
PI. LVI. — Dijon. — Hôtel Chambellan, 34 et 36, rue des Forges.
Cette importante maison du xv e siècle, qui comprenait deux corps delogis séparés par une cour, est fréquemment désignée sous le nom de Maisondes Ambassadeurs d'Angleterre. Suivant une tradition, sans aucune valeur,enregistrée, sinon créée, vers i 83 o, par Maillard de Chambure, c’est là qu’au-raient résidé en i 35 g les envoyés d’Edouard III d’Angleterre durant leurs négo-ciations avec Philippe le Hardi. M. H. Chabeuf a essayé d’expliquer cette dési-gnation courante par un séjour à Dijon, au temps de François I er , de la Couret des Ambassadeurs qui l’accompagnaient, ceux d’Angleterre ayant peut-êtreété logés dans l’hôtel qui nous occupe. Quoi qu’il en soit, ce que nous connais-sons du logis ne nous permet pas d’en faire remonter la construction au-delàdu milieu du xv e siècle et les armes qui s’y voient encore nous certifient quec’est pour la famille des Chambellan, famille de marchands enrichis, probable-ment pour Guillaume Chambellan qui fut conseiller au Parlement et chancelierde la province, que la demeure s’éleva entre 1460 et 1470.
Le corps de logis antérieur qui était le plus considérable et pouvaitpeut-être cependant contenir des boutiques sur la rue a été évidemment modernisé. Au contraire, la cour aété en grande partie dégagée et le corps de logis d’arrière aménagé avec goût par M. Chaudonneret quil’occupe actuellement. Un fragment important de ce logis, malheureusement, l’oratoire qui occupe l’aile posté-rieure. est distrait de cet ensemble et on ne peut le voir, pour le dehors, que d’une cour qui s’ouvre sur la place
Fig. 28. — Dijon : Hôtel Cham-bellan. — Plan du rez-de-chaussée