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1 (1910)
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17
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HOTELS ET MAISONS DE LA RENAISSANCE

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voisine, dite de la Reine Bèrengère (i) (voir pl. XC). M. Robert Triger a établi, nous le verrons, que cettedernière dut être bâtie vers 1494, pour Robert Véron, échevin du Mans. Cest vers la même date, peut-être unpeu auparavant, que sétait élevée la maison des Seigneur; celle-ci comportait essentiellement, daprès un plancadastral de 1846 que nous reproduisons plus loin (voir notice de la pl. XC et plan A), un corps de bâtiment aufond de la cour, avec une aile en façade sur cette cour, appuyée au mur mitoyen de la maison de Robert Véron.

Un escalier à tourelle, dont la façade était assez richement ornée, dont la porte rappelait un peu lemotif reproduit à la planche précédente, desservait les deux corps de logis. Au bas cie cet escalier souvrait unegrande salle basse ornée dune cheminée (cest celle que nous reproduisons); au premier étage, une autre sallesymétrique contenait la seconde cheminée. Laspect de la cour Pôté nous est connu par un dessin de Ruillé,daté de i8q5, reproduit dans le volume de M. Robert Triger. Les débris de la tourelle descalier ont été, dureste, utilisés par un architecte, M. Delarue, dans un hôtel quil fit construire vers 1860, dans les quartiers neufsdu Mans, et que lon peut voir encore 9, rue Chanzy.

Les cheminées, démontées et déposées dans un jardin, furent sauvées grâce à lintervention deM. dEspaulart et du peintre Denuelle. Elles furent réinstallées au Musée de Cluny et complétées par desécussons; celle que nous reproduisons porte les armes de la ville du Mans. Cest la seule restauration depolychromie que lon sy soit permise. Lautre, parce quelle portait encore des indications de couleurs, a faitlobjet dun fâcheux badigeonnage qui en gâte le caractère.

Elles comprennent toutes deux un manteau reposant sur deux jambages en forme de colonnettes etune hotte qui samincit en forme dentonnoir, mais qui est en grande partie masquée par un arc bandé entredeux massifs latéraux pour supporter le seuil, le foyer et les piédroits de la cheminée de létage supérieur.

Cest une question assez délicate de savoir quelle date assigner à ces cheminées. Rien, malheureuse-ment, ne nous renseigne sur lhistoire de la construction de la maison de la cour Pôté. Il semble, daprès lesrestes que nous en connaissons, quelle pourrait appartenir à la fin du xv e siècle. Les premiers archéologues quila décrivirent, ainsi que ses cheminées, encore en place, attribuèrent également celles-ci à la même date. Lopi-nion a prévalu depuis, avec M. Hucher et avec Quicherat, qui a dessiné plusieurs des personnages représentéssur leur manteau dans son Histoire du Costume , et qui reconnaissait dans leur accoutrement les modesde 1390 à 1400, de les faire remonter beaucoup plus haut. M. Enlart les attribue également, dans son Manueld'Archéologie (t. II, p. 146-147), au début du xv e siècle. Il faudrait supposer, dans ce cas, que la construc-tion de lescalier signalé plus haut, et peut-être de toute la façade, nétait quune réfection ou une addition àune demeure plus ancienne. Pour les cheminées elles-mêmes, malgré lautorité de Quicherat et son opinionsur la date des costumes, nous serions assez tentés de les rajeunir légèrement, en supposant soit un légerretard sur la mode parisienne dans le milieu ces figurines furent créées, soit une utilisation, par lesimagiers qui les sculptèrent, de modèles déjà quelque peu anciens. Le caractère pittoresque et familier desreprésentations, la proportion très courte des personnages semblent bien appartenir plutôt au xv e quauxiv e siècle, et lexemple resterait encore assez rare et singulier si nous le plaçons aux environs de 1425, unquart de siècle avant la décoration de lhôtel Jacques-Cœur, quil fait si nettement présager.

Quant au sujet représenté, lexplication de du Sommerard, qui voit sur lune de ces cheminées lestrois Ages de la vie, et dans le motif principal de lautre, celle qui est reproduite ici, une scène de mariage,comporterait sans doute aussi une révision. Nous navons pas le loisir dentrer dans cette discussion iconogra-phique, qui serait surtout nécessaire pour la cheminée, que nous ne reproduisons pas. Pour celle-ci, nous incli-nerions, pour notre part, à y voir simplement quelques motifs analogues à ces conversations galantes que nousmontrent les boîtes à miroirs ou les tapisseries, quelques thèmes de vie mondaine, traduits, du reste, avec unebonhomie un peu bourgeoise et un charme familier qui devait saccorder à merveille avec la nature de lintérieurquils décoraient.

Bibliographie : E. du Sommerard: Catalogue du Musée de Cluny (Ed. 1883), n°* 188 et 189. Abbé Lochet: Le Palais dela Prévostè au Mans. Archives historiques de la Sarthe (1849), in-8°, p. 44. E. Hucher: Visite des Anciennes Maisons du Mans(Congrès archéologique du Mans, 1878). J. Quicherat : Histoire du Costume en France, Paris (1875), p. 250-251-258-259-329.Charles Normand: LHôtel de Cluny, Paris (1888), in-4 0 , pl., p. 48. Robert Triger: La Maison dite de la reine Bèrengère au Mans,Le Mans (1892), in-8° (ill.). C. Enlart : Manuel dArchéologie Française, Paris (1904), t. II, p. 146-147.

(1) Le nom sous lequel elle est connue et que lon a tenté dexpliquer par une abréviation du mot prévôté semble venir du nomdun certain Charles-Emmanuel Posté, qui en fut propriétaire au xvm e siècle.

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